Vie après la vie

“Je ne vois pas pourquoi on ferait un travail de deuil. On ne se console pas de la mort de quelqu'un qu'on aime.”

Michel Houellebecq

La Laly Foundation a comme projet d’organiser des conférences diverses ayant pour thème la perte d’un être cher, les étapes du deuil et comment le surmonter,…

Beaucoup de lectures passionnantes nous ont aidés et nous aident encore dans notre deuil, vous trouverez une bibliographie des ouvrages qui nous ont plus dans le dernier onglet de ce pilier.

Nous mettrons prochainement également l’audio de la conférence pour la fondation Laly de la psychologue Camille Rochet à votre disposition.

vaprev

Les étapes du deuil

Pour Elisabeth Kübler-Ross(2008), chaque personne passe par différentes étapes de deuil, sans forcément les éprouver dans le même ordre. La durée de chaque étape varie également selon chacun.[i]

1 – Choc et déni

La personne éprouve un choc à l’annonce de la perte.
Le choc est un mécanisme de défense inconscient envers une situation qu’une personne pense ne pas pouvoir gérer. Lors de cette phase la personne nie l’information reçue, pense qu’elle rêve et ne supporte pas qu’on la ramène à la réalité, la douleur étant insupportable.
La personne en état de choc n’est plus capable d’effectuer les tâches les plus simples et les décisions de bases.

2 – Douleur et culpabilité

Lors de cette étape, la personne endeuillée se rend compte que la perte est réelle.

C’est une phase chaotique et effrayante car la personne ressent une douleur psychique intense. Certaines personnes ont besoin de l’aide de médicaments ou compensent avec de l’alcool.

La douleur pousse parfois la personne endeuillée à sentir de la culpabilité, à se considérer comme responsable de la perte.

3 – Colère

La colère reflète le sentiment d’injustice légitime que la personne ressent face à ce qui lui est arrivé. Elle choisit parfois inconsciemment de dévier cette colère sur une personne désignée comme responsable de la perte.
La conscience aigüe de la perte pousse la personne à souffrir bruyamment.  Cette forme d’expression de la douleur est importante et permet de la soulager.

4 – Marchandage

Lors de cette phase, la personne tente de minimiser la perte.  Elle voudrait imaginer un autre scénario, une manière d’inverser la situation ou de la compenser.  La personne en deuil se sent frustrée et blâme parfois les autres pour la perte subie.
Alors même que dans la majorité des cas ce blâme ne soit pas justifié, la personne en souffrance n’est pas en état de le comprendre et d’accepter cette réalité.
C’est une période de très grande vulnérabilité.

5 – Dépression et douleur

Ici, la personne accepte la perte et ses conséquences apparaissent concrètement.

Dépression, perte de moral, la personne en deuil est au désespoir et se comporte passivement. Malheureusement, certaines personnes s’arrêtent à ce stade…

En fait, cette dépression est le signe d’une amélioration psychique face au deuil.  C’est un moment structurant du processus de deuil.

6 – Reconstruction

Il s’agit d’une phase durant laquelle la personne déprimée s’ouvrir à nouveau aux autres et accueille des activités, ceci dans le but d’échapper à la douleur. Commence ici le processus de reconstruction.  La personne en deuil cherche des moyens pour sortir de sa peine.
Cette étape amorce la prochaine étape ;  l’acceptation.

7 – Acceptation

Nous arrivons à la dernière étape décrite.  La personne accepte le fait que la réalité ne puisse être changée.  C’est une période de paix, où elle s’autorise à vivre sans l’autre et à faire des projets d’avenir.
D’autres étapes ont été décrites.  Dans la littérature parcourue, un auteur nous a particulièrement touchés.  Il s’agit du prêtre et psychologue Jean Monbourquette[ii], grand spécialiste de l’accompagnement des personnes endeuillées, qui décrit le deuil en 7 étapes :

Les mécanismes de défense

Les mécanismes de défense regroupent une série de mécanismes inconscients mis en œuvre par un être humain pour supporter une situation difficile et/ou lutter contre l’angoisse. Ils sont utilisés à tout moment par les personnes endeuillées. Ils sont au nombre de dix :

  • combativité ou sublimation : transformation de  l’événement difficile en action positive. L’énergie permet de diminuer le découragement et laisse place à l’espoir et la confiance
  • déni : c’est le refus de croire la réalité
  • dénégation ou connaître la réalité mais la rejeter car elle est inacceptable
  • déplacement : c’est transférer son angoisse sur une autre personne
  • isolement : c’est la description d’une situation grave et connue avec détachement et précision
  • projection agressive : la personne est agressive et rend l’interlocuteur responsable de la situation
  • rationalisation : la personne tente de comprendre l’origine et la raison de la situation pour mieux la contrôler, la maîtriser
  • régression : reprise d’attitudes ou de comportements anciens par rapport à son statut actuel

 

 

 

Pour aller plus loin :

Vidéo sur l’enfant et le deuil : https://www.youtube.com/watch?v=QeUg0hD6A3Q

Accompagner l'enfant dans le deuil (iii)

Il n’est pas évident pour l’adulte d’envisager qu’un enfant soit confronté à la mort, que ce soit la sienne ou celle d’un proche.

Aujourd’hui, la difficulté d’en parler avec l’enfant est augmentée par le côté médicalisé de la plupart des fins de vies (en majorité vécues à l’hôpital).  Cela contribue malheureusement à exclure la mort de la sphère familiale et du quotidien et rend donc plus difficile le fait d’en parler.

Les adultes considèrent parfois, à tort bien sûr, qu’il faut protéger l’enfant de la vérité car elle serait trop lourde à porter pour lui ou pourrait l’angoisser.

Comment accompagner l’enfant lors du décès d’un proche alors même que les adultes se trouvent en souffrance? Quels sont les repères utiles pour faciliter cet accompagnement ?

Les caractéristiques du deuil de l’enfant :

Selon l’âge et l’environnement familial, l’enfant aura une idée bien à lui concernant de la mort. La manière dont se déroule leur deuil varie donc.

Sa conception de la mort évolue au fur et à mesure que l’enfant grandit :

  • Chez  le bébé, il n’y a pas de compréhension intellectuelle de la mort.  Il est néanmoins touché par ce qui se passe sur le plan émotionnel et sensoriel.  Il vit la mort de l’autre comme une absence prolongée d’abord puis comme un abandon.  Il vit cette mort indirectement également par le fait que les personnes qui s’occupent de lui sont affectées par le deuil.
  • Les jeunes enfants sont emplis de croyances :
    – la mort est réversible « on ne meurt pas pour de bon », on peut être mort puis ne plus l’être.  On constate cela dans les jeux des jeunes enfants par exemple.
    – la mort est peut-être contagieuse « ça  s’attrape » ;
    – la mort n’est pas naturelle « on ne meurt pas on est tué ».

Le deuil de chaque enfant est unique. Il est toutefois possible de dégager les grandes lignes du deuil chez l’enfant et l’adolescent :

  • L’enfant n’extériorise pas son chagrin comme l’adulte car il cherche à protéger ce dernier. Bien souvent il garde pour lui sa tristesse et son important sentiment de culpabilité. Il met sa douleur en actes plus qu’en paroles.  Ses émotions changent rapidement. L’enfant va inventer l’absent disparu dans une personne imaginaire, avec qui il va continuer à communiquer le temps d’apprivoiser son absence définitive.
  • Pour autant, comme l’adulte, l’enfant ressent de la tristesse, de la colère, un sentiment d’injustice, d’insécurité ainsi que la peur d’être anormal. La manière dont se déroule son deuil dépend fortement de la façon dont le vit son entourage direct.

 

Le chemin de deuil de l’enfant ne se termine pas dans l’enfance. Il sera mis en veille et se poursuivra à l’âge adulte, lors d’autres deuils, ou d’événements particuliers – mariage, séparations, naissance d’un enfant.

Mieux il aura été accompagné, mieux il pourra faire face à d’autres deuils.

Cheminer avec l’enfant tout au long de cette épreuve, ce n’est pas devancer ses questions mais y répondre – comme on peut – lorsqu’elles se présentent.

Quelques points de repères pour accompagner un enfant en deuil

  • Un enfant, quel que soit son âge, même tout-petit, doit prendre part au vécu des autres membres de la famille.   En effet, être mis à l’écart de ce qu’il se passe et de la communauté des adultes peut provoquer  un sentiment de solitude pour un enfant
    Les mensonges, les non-dits ou les secrets peuvent provoquer des souffrances importantes.  Tôt ou tard l’enfant sera soumis à la vérité de la mort du proche.
  • En cas de mort annoncée, il est essentiel de proposer (sans obliger) à l’enfant de voir son proche et de lui dire au revoir. Après un décès, on peut lui proposer de voir le corps si l’enfant le souhaite, en lui expliquant ce qu’il va voir (ce n’est plus vraiment la personne, on peut voir que son esprit n’est plus là).  Il est important pour l’enfant d’être associé aux rituels par exemple en déposant un dessin, un objet, en lisant un poème, etc.
  • Tous les auteurs s’accordent à dire qu’il est primordial de  mettre des mots simples, justes et vrais  le plus tôt possible sur ce qu’il se passe et notamment d’utiliser le mot mort. L’enfant est sensible à l’authenticité des réponses apportées par l’adulte.
  • Rassurer et répondre aux questions des enfants, même si elles peuvent sembler compliquées: questions sur le devenir du corps, ou sur l’existence d’une vie après la mort par exemple.
    Là encore utiliser des mots simples et sincères, quitte à faire des hypothèses. On peut aussi dire que l’on ne sait pas et demander son avis à l’enfant.  Il convient d’être disponible et ouvert à toutes les questions, même les plus incongrues.
  • Accompagner l’enfant, c’est tenir compte des moyens d’expression de ce dernier : dessin, jeu, actes,  comportements, etc. Il est important de respecter ses silences ou son envie d’en savoir davantage, son désir de grandir plus rapidement ou  ses régressions passagères.

Finalement, accompagner l’enfant en deuil, implique de ne  pas le mettre à l’écart ou  lui cacher la vérité mais s’attacher à ses pas  et l’accompagner dans son cheminement de vie.
Tout au long de ce chemin, il paraît important de faire confiance aux ressources personnelles de l’enfant, à ses grandes capacités d’adaptation.

[i] http://www.infirmiers.com/etudiants-en-ifsi/cours/cours-ifsi-le-travail-de-deuil.html, Consulté 09/2015

http://www.infirmiers.com/pdf/accompagnement-des-soignants-face-au-deuil-maternel.pdf, Consulté le 09/2015

Kübler-Ross Elisabeth, Vivre avec la mort et les mourants. Paris : Librairie générale, septembre 2008, 219 pages.

[ii] Jean Monbourquette, Aimer, perdre et grandir : assumer les difficultés et les deuils de la vie, 1995

[iii] Rogy S., Grand d’Esnon I, consulté le 18/9/2015 sur http://www.soin-palliatif.org/actualites/accompagner-enfant-deuil-quelques